La généalogie, une passion tenant à la fois du collectionneur, du joueur, de l'enquêteur,de l'historien et de l'aventurier.

POUR UNE LECTURE ECLAIREE DES ACTES DE MARIAGE

Selon les époques les actes de MARIAGE reflètent tant dans leur forme que dans leur contenu un moment de l’histoire, et leur lecture attentive permet à la fois

de photographier la société et d’y situer l’individu et  la famille.

 A . L’ANALYSE FORMELLE est très importante :

Elle permet :

-        d’établir d’emblée le contexte historique et le contexte social,

-        de mesurer le poids des institutions à chaque époque,

  Dans leur  FORME (de la graphie au style, en passant par le vocabulaire) ils sont   présentés très différemment.

Cela apparaît évident quand on consulte les actes paroissiaux

-        tout est mélangé naissances, mariages, décès,

-        les mots ne sont pas toujours séparés,

-        le latin interfère souvent,

-        les phrases ne sont pas délimitées par une ponctuation,

-        les « formulaires » en principe imposés ne sont pas respectés, le secrétaire n’en faisant qu’à sa tête,

-        le texte est écrit à la main,

-        la langue est mélangée : français académique, vieux français, dialecte, vocabulaire religieux, etc…Le mariage étant considéré alors comme un acte religieux plus que social, la langue est celle de la liturgie en vigueur.

-        des signatures manquent parce que l’on ne sait pas écrire .

(Ces caractéristiques sont aussi celles des actes de naissances et de décès, mais les actes de mariage étant plus longs, elles apparaissent plus marquées.)

Cette différence dans la forme éclate au regard quand on passe aux formulaires imprimés post révolutionnaires ; l’impression donne à l’acte un caractère officiel, figé, définitif. Pourtant, la forme ne cesse de varier dans le détail, en fonction de l’évolution

politique et sociale, en fonction de la technique aussi.

 LA SOCIETE

Selon les époques l’Institution peut paraître « mise en avant », devant les individus :

-        insistance sur la présentation de l’institution (le Roi, l’Eglise, l’Etat, ou ceux qui le représentent ( Nous, Par devant untel )

-        longues et pompeuses formules (dans les actes paroissiaux le secrétaire décline longuement ses attributions religieuses)

-        individus traités essentiellement comme des « administrés « venus accomplir leur devoir civique ou religieux, puis un peu plus tard « citoyens »,

-        vocabulaire juridique proche de celui du tribunal : « sont comparus… », « faisant droit à leur réquisition »

-        individus situés et identifiés très précisément, ainsi revendiqués comme membres de la communauté locale.

-        selon les périodes accent  mis sur le mode de reconnaissance sociale en vigueur, au travers des dénominations : en 1848 « citoyen, citoyenne », en 186O « sieur, demoiselle », en 1907 DUPOND Jean, plus tard encore Jean DUPOND

Ainsi retrouve-t-on les traces des idéologies et systèmes politiques dans le traitement formel des documents officiels ; on suit le passage d’une idéologie révolutionnaire au retour à des valeurs plus bourgeoises de la Restauration en passant par l’uniformisation attachée à l’application du code Napoleon, pour aller

vers la manifestation d’un républicanisme qui se veut plus égalitaire et du moins

plus individualiste ( le nom et le prénom de l’individu sans aucun titre)

 On peut aussi lire au fil des actes tout un état, lui aussi évolutif, de la FAMILLE :

- autorisations parentales liées à l’âge de la majorité,

- accords de l’autorité militaire,

- dispenses diverses (pour maladie, internement, expédition militaire ou séjour aux « colonies »)

 La mention des METIERS est très révélatrice de :

- la place prédominante de la ruralité jusqu’au début du XXe siècle,

- l’émergence et l’affirmation des métiers du commerce et de l’artisanat, puis de l’industrie : les chaudronniers, menuisiers, lingères aux XVIIIe et XIXe,

les tailleurs, couturières, fonctionnaires au début du XXe.

 B.  LE CONTENU propose explicitement :

-        Les DATES : comme dans tous les actes officiels elles sont essentielles et donc mises en avant.

L’acte de mariage est particulièrement abondant en dates :

-        celle de l’acte,

-        celle des dates de naissance des mariés,

-        celles des actes secondaires associés au mariage,

-        celles des veuvages ou divorces,

-        celles des contrats de mariage éventuels,

On peut les retrouver aussi à partir des âges généralement cités des témoins.

CES INFORMATIONS SONT A EXPLOITER A FOND : ELLES PERMETTENT DE RECONSTITUER LES FAMILLES.

-        Les  TEMOINS : il ne faut surtout pas négliger le paragraphe « témoins » : il permet souvent de repérer un membre de la famille que l’on n’avait pas trouvé jusque là, de cerner l’environnement social des familles  et l’exacte parenté des uns et des autres.

-        Il est à noter que les témoins sont, jusqu’à une date récente, presque toujours des hommes. La sage-femme témoigne quelquefois, mais dans les actes de naissance et pour présenter l’enfant.

        -  Les ADRESSES : elles sont à répertorier et méritent une étude particulière appuyée si possible de la lecture de plans et cartes d’époque. On y lit :

-le déplacement de ses ancêtres ( du faubourg à la ville et l’inverse )et, en suivant les déplacements des institutions et lieux de vie économiques : port, poste, chemin de fer, écoles ,

-le déplacement plus large de la campagne à la ville, des îles vers le continent, et plus tard de la ville de province vers Paris,

-le changement de résidence de la veuve ou du veuf s’installant chez ses enfants (on s’aperçoit que toute une famille élargie aux oncles, tantes, grands parents peut se trouver habiter le même lieu,

- les choix de quartier et de maison en fonction de l’activité, du voisinage, des centres d’intérêt,

Les adresses peuvent ne plus correspondre à rien car la ville a bougé :

-        changement du nom des rues,

-        développement urbain,

-        migration des individus et familles abandonnant la région et les constructions qui disparaissent

Il est à remarquer que l’on se marie souvent entre voisins ou entre enfants de confrères de métier (enfants de voiliers ou de charpentiers ou de chaudronniers vivant dans le même ensemble mi-atelier mi-habitation )

On peut encore lire dans ces actes que les métiers se transmettent de génération en génération, mais aussi que le fils du comptable devient intendant, plus tard directeur d’établissement public, que le fils de l’instituteur  est professeur, que celui du facteur est directeur des postes etc…On lit au fil des actes la promotion intra-familiale.

 

Les MENTIONS PARTICULIERES : elles renseignent sur certains aspects qualitatifs de la vie de nos ancêtres :

-        récompenses ,

-        grades,

-        possessions ( au milieu du XIXe siècle on mentionne volontiers qu’on est propriétaire )

     -      situations .

La simple reconnaissance des noms de ses ancêtres sur un acte de mariage n’est pas suffisante ; on peut en apprendre beaucoup plus par une lecture, voire des lectures successives s’attachant à tous les aspects de forme et de contenu de ce type de document

particulièrement riche en informations.

-        familiales particulières : veuvage, divorce, autorisation de mariage pour enfant mineur (la majorité n’est acquise qu’à vingt et un ans jusqu’à une date récente)

La référence au CONTRAT DE MARIAGE : le nom du notaire y apparaît ce qui permet de consulter le contrat lui-même .

CONCLUSION : Le contrat de mariage est un acte particulièrement riche et complet pour le généalogiste . Il est recommandé de faire plusieurs lectures sélectives, pour l’analyse précise de chaque paramètre.

                                                                                                                                                                          Annick MARRET

                                                                                                                        Contribution à ARGH